Anglo, english, duet : trois systèmes à ne pas confondre
Sous son apparence uniforme — une caisse hexagonale, un soufflet, des boutons de part et d'autre —, le concertina cache trois familles bien distinctes. L'invention de l'instrument est généralement attribuée au physicien anglais Charles Wheatstone, qui en dépose les principes à Londres à la fin des années 1820, tandis que l'Allemand Carl Friedrich Uhlig développe de son côté, au début des années 1830, la konzertina germanique qui donnera naissance à la branche « anglo-germanique ». Le concertina anglo est bisonorique : comme un harmonica ou un accordéon diatonique, chaque bouton produit deux notes différentes selon que l'on pousse ou que l'on tire le soufflet. C'est le système roi de la musique irlandaise, au jeu naturellement rythmé et dansant. Le concertina english, lui, est unisonorique — même note dans les deux sens — avec la mélodie répartie en alternance entre les deux mains : il excelle dans le legato et les mélodies chantantes. Les systèmes duet, plus rares, réservent les graves à la main gauche et les aigus à la droite, comme un petit accordéon de concert. Notre conseil pour un premier achat orienté musique traditionnelle irlandaise ou celtique : un anglo en do/sol (C/G). Pour l'accompagnement de chant, la musique anglaise ou la mélodie pure, l'english reste une excellente option — mais c'est bien l'anglo que vous entendrez dans la majorité des sessions.20 ou 30 boutons : pourquoi la différence compte
Les anglos d'entrée de gamme existent en versions à 20 ou à 30 boutons. Avec 20 boutons, on dispose de deux rangées diatoniques (do et sol) : suffisant pour des mélodies simples, des chansons et une découverte à petit prix, mais il manque la troisième rangée d'altérations qui permet de jouer chromatiquement. Or les tonalités de ré et de la — omniprésentes dans le répertoire irlandais — réclament précisément ces boutons supplémentaires. Pour un usage trad, visez donc directement un modèle à 30 boutons en do/sol, disposition Wheatstone ou Jeffries (les deux principales variantes de la troisième rangée ; les méthodes couvrent l'une comme l'autre). Un 20 boutons n'est pas un mauvais instrument, c'est un instrument limité — et la frustration arrive vite dès que l'on rejoint une session.Quel budget prévoir en 2026 ?
Première mise en garde, comme pour le sitar ou le didgeridoo déjà passés par ce guide : fuyez les objets à moins de 100-150 € vendus en ligne comme « concertinas » — soufflets en carton fragile, anches criardes, mécaniques bruyantes. Ils découragent plus qu'ils n'initient. Pour débuter sérieusement, les revendeurs spécialisés situent l'entrée de gamme crédible dans une fourchette indicative de 300 à 550 €. Deux références y reviennent sans cesse : le Rochelle de Concertina Connection, un anglo 30 boutons C/G livré avec méthode et housse, dont le fabricant propose un programme de reprise à valeur intégrale lors du passage à un modèle supérieur, et le Wren de la marque irlandaise McNeela, que celle-ci présente comme le concertina d'étude le plus vendu au monde. Les Stagi italiens occupent aussi ce segment intermédiaire. Au-dessus, entre 1 000 et 2 500 € environ, les « hybrides » (anches d'accordéon dans une caisse de facture soignée, chez Morse, Edgley ou dans les gammes intermédiaires des maisons irlandaises) offrent réactivité et volume adaptés aux sessions. Enfin, les instruments à véritables anches de concertina — neufs chez quelques ateliers, ou anciens signés Wheatstone, Lachenal ou Jeffries — se négocient en milliers d'euros ; pour un instrument ancien, faites systématiquement vérifier l'état des anches et du soufflet par un réparateur avant l'achat. Tous ces prix restent des ordres de grandeur : ils varient selon les taux de change, les frais d'importation et l'état du marché de l'occasion.Qui écouter pour se donner envie ?
La référence absolue du style irlandais moderne s'appelle Noel Hill : originaire du comté de Clare, berceau historique de l'instrument, il a façonné la pédagogie du concertina irlandais contemporain, et son album « The Irish Concertina » reste un classique du genre. Avant lui, Elizabeth « Mrs » Crotty, figure de Kilrush disparue en 1960, avait fait du comté de Clare la terre du concertina. Côté nouvelle génération, citons Niall Vallely, ou encore Mohsen Amini, l'électrisant concertiniste écossais du trio Talisk, que les habitués des festivals celtiques bretons ont pu croiser sur scène. Et pour situer l'instrument dans sa grande famille : le bandonéon du tango argentin — dont nous racontions l'épopée parisienne — est un cousin direct, issu de la branche allemande des konzertinas, tout comme le chemnitzer resté populaire aux États-Unis.Apprendre le concertina en France
Pas besoin de déménager à Ennis. Les stages de musique irlandaise organisés autour des festivals celtiques et par les associations de musique traditionnelle accueillent régulièrement des classes de concertina, et l'annuaire collaboratif The Session (thesession.org) permet de repérer les sessions irlandaises régulières ville par ville — le meilleur endroit pour rencontrer d'autres joueurs et progresser d'oreille. En ligne, l'offre s'est étoffée : plateformes spécialisées dans la musique irlandaise proposant des cursus de concertina, tutoriels vidéo, et les master classes que Noel Hill anime lui-même, en présentiel comme à distance, via ses écoles de concertina irlandais. Comptez enfin avec l'autoformation : tablatures, méthodes fournies avec les instruments d'étude et lecture d'oreille font des merveilles sur un anglo, dont la logique pousser-tirer rappelle celle de l'harmonica.Entretien : les bons réflexes dès le premier jour
Un concertina se manipule soufflet fermé et se range dans son étui, à l'abri des variations brutales d'humidité et de température — les anches en acier craignent la condensation, les soufflets en cuir ou en carton toilé détestent les radiateurs et les coffres de voiture en été. On ne pose jamais l'instrument sur ses boutons, on n'ouvre jamais le soufflet sans appuyer sur un bouton ou sur la soupape d'air, et on résiste à la tentation de démonter les tables d'harmonie « pour voir » : le réglage des anches est une affaire de spécialiste.FAQ — Bien débuter le concertina
Anglo ou english pour la musique irlandaise ?
L'anglo 30 boutons en do/sol est le choix standard pour le répertoire irlandais : son jeu bisonorique donne naturellement le rebond rythmique des jigs et des reels. L'english convient mieux aux mélodies legato, à la musique anglaise et à l'accompagnement de chant.Un 20 boutons suffit-il pour commencer ?
Pour des chansons simples en do ou en sol, oui. Pour la musique irlandaise en session, non : il manque la rangée d'altérations nécessaire aux tonalités de ré et de la. Si votre objectif est le trad, économisez quelques semaines de plus et partez directement sur 30 boutons.Concertina ou accordéon diatonique ?
Les deux partagent la logique pousser-tirer. Le concertina est plus compact, plus discret et répartit le jeu mélodique sur les deux mains ; le diatonique offre des basses d'accompagnement immédiates, très présentes dans les musiques bretonne et française. Notre guide de l'accordéon détaille cette famille voisine.Peut-on apprendre seul ?
Oui, surtout avec un anglo : méthodes fournies avec les instruments d'étude, tutoriels vidéo et cursus en ligne spécialisés permettent d'acquérir les bases. Rejoindre ensuite une session lente (« slow session ») reste le meilleur accélérateur de progrès — et le plus convivial.Quelle différence entre concertina et bandonéon ?
Le bandonéon est un cousin issu de la branche allemande de la famille : plus grand, carré, au timbre plus sombre, il s'est imposé comme la voix du tango argentin, tandis que le concertina anglo régnait sur les musiques irlandaise et anglaise. Les deux sont bisonoriques, mais leurs claviers n'ont rien en commun.
C&M · 08/08/2026
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