Un tambour ancien devenu star dans les années 1960
Le bodhrán est un tambour sur cadre : un fût de bois circulaire peu profond, tendu d'une peau — traditionnellement de chèvre — frappée à l'aide d'une petite baguette appelée tipper ou cipín. Longtemps cantonné aux fêtes rurales et aux défilés des wren boys, il n'accède au rang d'instrument de scène qu'au début des années 1960, lorsque le compositeur Seán Ó Riada l'intègre à son ensemble Ceoltóirí Chualann, matrice des futurs Chieftains. Ó Riada est souvent présenté comme le père du jeu moderne : à sa suite, le bodhrán devient omniprésent dans les groupes de musique traditionnelle irlandaise. Depuis, l'instrument a connu une véritable révolution technique : peaux plus fines, fûts plus profonds, systèmes d'accordage internes et jeu « top-end » très mélodique, popularisé par des virtuoses comme John Joe Kelly, le percussionniste du groupe Flook, dont les solos font figure de référence absolue chez les pannistes… pardon, chez les bodhránistes.Comment se joue-t-il ? Tipper, main de peau et styles
Le bodhrán se joue assis, le tambour calé verticalement sur la cuisse et contre le torse. La main dominante tient le tipper et frappe la peau d'un mouvement de poignet souple, en aller-retour ; l'autre main, glissée à l'intérieur du cadre, presse la peau pour en faire varier la hauteur et le timbre — c'est elle qui « chante ». Les styles traditionnels du Kerry ou de l'Ouest irlandais cohabitent aujourd'hui avec le jeu top-end contemporain, où la frappe se concentre sur le haut de la peau pour un son plus précis et mélodique. Contrairement à une batterie, l'apprentissage des premiers rythmes est rapide : accompagner un reel ou une jig simple est accessible en quelques semaines de pratique régulière. La subtilité — variations de hauteur, ornementations, accents — occupe ensuite toute une vie de musicien.Bien choisir : taille, peau, accordable ou non
Le diamètre d'abord : les bodhráns courants font de 35 à 40 cm, la taille conseillée pour débuter ; en deçà de 30 cm, on entre dans le territoire des modèles souvenirs, décorés d'un trèfle ou d'une harpe, à réserver à la décoration. La profondeur du fût, elle, varie généralement de 8 à 16 cm. La peau ensuite : la chèvre reste la référence pour sa souplesse et sa chaleur ; les peaux synthétiques, moins sensibles à l'humidité, dépannent mais sonnent plus sèchement. Le point décisif : l'accordage. Sur un modèle non accordable, la tension de la peau subit de plein fouet les variations d'humidité — un vrai sujet en Bretagne comme en Irlande. Les modèles accordables (tunable), équipés de vis internes, permettent de retendre ou détendre la peau : un confort que la plupart des professeurs recommandent dès le premier achat. Côté budget, en ordres de grandeur constatés chez les revendeurs spécialisés : les packs débutant avec baguette et méthode démarrent autour de 80 €, un bodhrán accordable d'étude de marque reconnue (Waltons, par exemple) se situe plutôt entre 100 et 200 €, et les instruments de facteurs spécialisés — comme les Allemands de Hedwitschak, dont la série CoreLine est généralement affichée entre 300 et 370 €, ou les ateliers irlandais artisanaux — occupent le haut du panier, au-delà de 300 €. Le tipper fourni suffit pour commencer ; on en essaiera d'autres (formes, poids, doubles têtes) au fil de sa progression, pour quelques euros à quelques dizaines d'euros pièce. Où acheter ? Les boutiques spécialisées dans les instruments celtiques — physiques ou en ligne, en France comme en Irlande — restent la valeur sûre : on y trouve des instruments réellement joués et conseillés par des praticiens, quand les sites généralistes mélangent le meilleur et le décoratif. L'occasion est aussi une bonne piste, le bodhrán vieillissant bien pourvu que la peau ait été entretenue : inspectez-la à la lumière pour repérer d'éventuelles microfissures, et vérifiez que le système d'accordage tourne sans forcer. Enfin, si vous le pouvez, essayez avant d'acheter : deux bodhráns de même taille peuvent avoir des personnalités sonores très différentes selon la peau et le fût.Apprendre en France : stages, sessions et cours en ligne
La France celtique offre un terrain idéal. Les grands rendez-vous de l'été — Interceltique de Lorient, festivals bretons — proposent régulièrement stages et ateliers de percussions traditionnelles, et les écoles de musique bretonnes ou associations de musique irlandaise des grandes villes (Paris, Rennes, Brest, Nantes, Lyon…) accueillent les débutants. Les sessions irlandaises hebdomadaires des pubs sont l'école naturelle de l'instrument : on y apprend en écoutant, puis en jouant doucement — à condition de respecter l'étiquette de la session, qui veut qu'un seul bodhrán joue à la fois. En ligne, des plateformes francophones dédiées aux musiques trad comme Tradschool proposent des cours de bodhrán à distance, et les tutoriels de référence abondent sur YouTube. Pour l'inspiration, une discographie s'impose : les albums de Flook, où John Joe Kelly redéfinit l'instrument, ceux des Chieftains ou de Dervish, et les enregistrements de Colm Murphy ou de Johnny « Ringo » McDonagh, pionniers du style moderne.Entretien : l'humidité avant tout
Une peau naturelle vit avec la météo : trop sèche, elle se tend et sonne aigre ; trop humide, elle se détend et devient sourde. On garde donc son bodhrán loin des radiateurs et des coffres de voiture en plein été, on l'accorde avant de jouer, et l'on peut hydrater très légèrement une peau trop raide avec un chiffon à peine humide. Une housse rembourrée est le premier accessoire à acheter.À lire aussi sur Cœur en Musiques
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FAQ — Bien débuter le bodhrán
Quelle taille de bodhrán pour un débutant ?
Un diamètre de 35 à 40 cm est le standard conseillé : assez grand pour un son plein et un jeu confortable de la main de peau, assez maniable pour être calé sur la cuisse. Les mini-bodhráns décorés vendus dans les boutiques touristiques ne sont pas des instruments de musique.Faut-il absolument un modèle accordable ?
Ce n'est pas obligatoire, mais c'est fortement recommandé : la tension d'une peau naturelle varie avec l'humidité, et un système d'accordage interne permet de garder un son constant toute l'année. La différence de prix — souvent quelques dizaines d'euros — est vite rentabilisée.Combien coûte un bon premier bodhrán ?
En ordres de grandeur : environ 80 € pour un pack débutant correct, 100 à 200 € pour un modèle accordable de marque reconnue, 300 € et plus pour un instrument de facteur spécialisé. Méfiez-vous des tambours décoratifs à moins de 50 €.Peut-on jouer du bodhrán en étant gaucher ?
Oui, sans difficulté : il suffit d'inverser la position, tipper en main gauche et main droite sur la peau. Certains fabricants proposent des modèles avec barre transversale amovible ou sans barre, ce qui facilite encore l'adaptation.Le bodhrán est-il difficile à apprendre ?
C'est l'un des instruments traditionnels les plus accessibles au départ : les frappes de base d'une jig ou d'un reel s'acquièrent en quelques semaines. La vraie difficulté est musicale : écouter la mélodie, servir le morceau et doser son jeu — les qualités qui distinguent un bon accompagnateur dans une session.
C&M · 06/08/2026
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