Un retour porté par un album que personne n'attendait plus
Quand The Cure revient à Rock en Seine, ce n'est pas en formation patrimoniale. Le groupe a publié le 1er novembre 2024 Songs of a Lost World, son quatorzième album studio — et le premier disque de titres inédits depuis 4:13 Dream, paru en 2008. Seize ans d'attente, donc, pour un album entièrement écrit, composé et arrangé par Robert Smith, ce qui n'était plus arrivé depuis The Head on the Door en 1985. Le résultat a dépassé les espérances commerciales les plus optimistes : premier album du groupe depuis Wish (1992) à atteindre la première place au Royaume-Uni, numéro un également en France, en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche, au Danemark, en Grèce, en Pologne, en Suède et en Suisse. En 2026, l'album a remporté le Grammy Award du meilleur album de musique alternative lors de la 68e cérémonie, tandis que le single « Alone » décrochait celui de la meilleure performance alternative. « Alone » est aussi le morceau qui résume le geste de l'album : trois minutes et vingt et une secondes d'instrumental avant que la voix n'entre. Smith en a écrit le texte en 2019 après avoir retrouvé dans un carnet le poème Dregs d'Ernest Dowson. Le disque, dominé par les thèmes de la perte, de l'isolement et de la mortalité, contient également « I Can Never Say Goodbye », écrit après la mort du frère du chanteur.Un été français en trois actes
Le concert de Saint-Cloud n'est pas une escale isolée. The Cure a passé l'été 2026 sur les routes européennes, et la France y a occupé une place inhabituellement large. Le groupe s'est produit au Paléo Festival de Nyon en juillet — un festival suisse dont le bilan a dépassé les 250 000 festivaliers —, puis a donné deux concerts aux Arènes de Nîmes les 24 et 25 juillet 2026, annoncés en décembre 2025 sur le site officiel du groupe, dans le cadre du Festival de Nîmes. Fin août, il figurait également à l'affiche de la première édition du Pagaille Festival, à Bordeaux.
Le combat de Robert Smith : « un système qui disparaîtrait si tous les artistes le refusaient »
C'est ici que le personnage devient intéressant au-delà de la discographie. En mars 2023, pour la tournée nord-américaine du groupe, Robert Smith avait délibérément maintenu des places à très bas prix — certaines à 20 dollars. Les frais de service ajoutés par la billetterie ont, dans plusieurs cas, dépassé la valeur faciale du billet. Smith s'est déclaré publiquement « écœuré », a demandé à Ticketmaster de justifier ces montants et a obtenu, dès le lendemain, un remboursement partiel de 5 à 10 dollars par billet pour les comptes vérifiés, présenté par la plateforme comme un geste commercial. Le groupe avait aussi, en amont, refusé la tarification dynamique et opté pour des billets non transférables afin de couper court à la revente spéculative. La formule de Smith a fait le tour de la presse musicale : ce système est « une arnaque qui disparaîtrait si chaque artiste disait : je n'en veux pas ». Une position qui engage un manque à gagner réel — et qui reste, à ce jour, minoritaire parmi les artistes de ce niveau.
Pendant ce temps, en France : 75 % des sondés jugent les prix trop élevés
Le contexte français donne à cette position une résonance particulière. Selon un baromètre réalisé par l'institut Verian pour le Crédit Mutuel auprès d'un échantillon de 2 000 personnes de 16 ans et plus, 45 % des Français envisagent d'assister à un concert en 2026 et 33 % à un festival — deux chiffres en recul de six points par rapport à 2024. Le premier frein cité est budgétaire : un tiers de ceux qui ne s'y rendent pas invoquent des raisons financières, en hausse de deux points. Sur la tarification dynamique elle-même, l'agacement progresse vite : 75 % des personnes interrogées estiment qu'elle rend les prix trop élevés pour certains publics, soit 18 points de plus que l'année précédente. Une bascule d'opinion aussi rapide en douze mois est rare. Cette tarification, apparue tardivement en Europe, consiste à faire varier le prix des places selon la demande au moment de la vente. En France, l'offre Platinum de Ticketmaster fonctionne sur ce principe : pour un même concert, des places proposées entre 62 et 150 euros en catégorie classique pouvaient être commercialisées entre 180 et 320 euros en version Platinum, sans contrepartie de type VIP — ni accès privilégié, ni goodies, juste un meilleur emplacement dans la même catégorie.- Ce que la tarification dynamique n'est pas : une offre VIP. Le billet Platinum ne donne droit à aucun service supplémentaire.
- Ce qu'elle est : un ajustement du prix en fonction de la demande observée pendant la vente, sur le modèle du transport aérien ou de l'hôtellerie.
- Son statut juridique : aucune législation européenne ne l'interdit spécifiquement à ce jour. Plusieurs régulateurs et élus européens plaident pour un encadrement, notamment via le Digital Markets Act.
- Son point de friction : en France, elle n'est proposée que par un seul opérateur, les concurrents n'ayant accès qu'aux billets classiques lors de la vente générale.
Ce que dit une clôture gratuite à la télévision
Dans ce paysage, la diffusion en clair du concert de The Cure prend un relief inattendu. France Télévisions a fait de la couverture des grands festivals une ligne éditoriale de l'été, du Main Square aux Francofolies de La Rochelle, de Rock en Seine au Golden Coast. Le concert de dimanche est proposé en direct sur France 4 à partir de 21 heures et en replay sur france.tv. Ce n'est évidemment pas la même chose que d'être dans le parc. Mais à l'heure où un tiers des Français renoncent aux concerts pour des raisons de budget, la captation télévisée redevient ce qu'elle a longtemps été avant de passer de mode : un mode d'accès à part entière, et pas seulement une consolation. Le fait qu'elle concerne, ce soir, un groupe dont le chanteur se bat depuis trois ans sur le prix des billets n'est probablement pas un hasard de programmation — mais c'est une jolie coïncidence.Questions fréquentes
À quelle heure et sur quelle chaîne voir The Cure à Rock en Seine ?
Le concert est diffusé en direct sur France 4 le dimanche 30 août 2026 à partir de 21 heures, et disponible en replay sur france.tv. Il s'agit d'une captation inédite, réalisée par Thierry Villeneuve et produite par Sombrero & Co.Quand The Cure était-il venu à Rock en Seine pour la dernière fois ?
En 2019. Le concert de ce 30 août 2026 marque donc un retour sept ans après leur première venue au festival de Saint-Cloud.Qu'est-ce que « Songs of a Lost World » ?
C'est le quatorzième album studio de The Cure, paru le 1er novembre 2024, seize ans après 4:13 Dream. Numéro un dans une dizaine de pays dont la France et le Royaume-Uni, il a remporté en 2026 le Grammy Award du meilleur album de musique alternative, et le single « Alone » celui de la meilleure performance alternative.Qu'est-ce que la tarification dynamique, exactement ?
C'est un modèle de vente dans lequel le prix du billet évolue en fonction de la demande pendant la mise en vente. Elle est légale en France et dans l'Union européenne : aucun texte ne l'interdit spécifiquement à ce jour, même si plusieurs régulateurs et élus européens en demandent l'encadrement. Elle se distingue des offres VIP, qui incluent des services supplémentaires.Robert Smith a-t-il vraiment fait rembourser des billets ?
Oui, en partie. En mars 2023, après ses protestations publiques sur les frais de service appliqués aux billets de la tournée nord-américaine du groupe, Ticketmaster a accordé un remboursement partiel de 5 à 10 dollars par billet aux acheteurs disposant d'un compte vérifié, présenté comme un geste commercial. Le groupe avait par ailleurs refusé en amont la tarification dynamique et choisi des billets non transférables.Pour aller plus loin
- Rock en Seine 2026 : Tyler, the Creator, Lorde, Nick Cave, Deftones et The Cure à Saint-Cloud
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- Festival Interceltique de Lorient 2026 : le bilan d'une billetterie record
C&M · 30/08/2026
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