14/07/2026 · N° 142 · Paris
Coeur&Musiques
Issue · 14/07/2026 histoires-musique Paris
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La Marseillaise : l'incroyable histoire de l'hymne national, de Strasbourg 1792 au 14 Juillet

Composée en une nuit à Strasbourg en avril 1792 pour l'armée du Rhin, adoptée grâce aux fédérés marseillais, proclamée chant national un 14 juillet 1795, bannie puis rétablie : l'histoire mouvementée de La Marseillaise, l'hymne le plus repris — et le plus discuté — du monde.

La Marseillaise : l'incroyable histoire de l'hymne national, de Strasbourg 1792 au 14 Juillet
Chaque 14 Juillet, elle ouvre le défilé, ponctue les feux d'artifice et fait se lever les stades. La Marseillaise est si familière qu'on oublie son histoire — l'une des plus romanesques de toute la musique française. Un officier du génie qui n'était pas compositeur de métier, une nuit d'inspiration à Strasbourg, un chant adopté par des volontaires montés de Marseille, proclamé chant national un 14 juillet, banni par un empereur, ressuscité par une république : le destin de cet hymne tient du roman d'aventures. Et c'est un destin qui continue de s'écrire : orchestrée par Berlioz, citée par Tchaïkovski, reprise par les Beatles en ouverture d'All You Need Is Love, passée au reggae par Serge Gainsbourg, La Marseillaise est sans doute l'hymne national le plus repris, le plus cité et le plus discuté du monde.

Une nuit d'avril 1792 à Strasbourg

Tout commence par une déclaration de guerre. Le 20 avril 1792, la France révolutionnaire déclare la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », l'empereur d'Autriche. À Strasbourg, ville frontière et de garnison, l'effervescence est totale. Le maire, le baron Philippe-Frédéric de Dietrich, déplore que les soldats de l'armée du Rhin n'aient pas de chant de marche à la hauteur de l'événement. Dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, un capitaine du génie de trente-deux ans, Claude Joseph Rouget de Lisle, né à Lons-le-Saunier en 1760, musicien amateur et poète à ses heures, compose chez Dietrich — paroles et musique, selon le récit traditionnel — un « Chant de guerre pour l'armée du Rhin », dédié au maréchal Luckner, qui commande alors cette armée. Le chant est entonné pour la première fois dans les jours qui suivent dans le salon du maire — scène immortalisée bien plus tard, en 1849, par le peintre Isidore Pils dans un tableau resté célèbre.

Comment le chant du Rhin est devenu « La Marseillaise »

L'ironie de l'histoire : ce chant composé pour l'armée du Rhin, à Strasbourg, doit son nom à la Méditerranée. Imprimé et diffusé, il descend la vallée du Rhône et embrase le Midi. À Marseille, les volontaires — les fameux fédérés — l'adoptent comme chant de marche lorsqu'ils montent vers Paris à l'été 1792 pour défendre la Révolution. Ils le chantent à chaque étape, puis dans les rues de la capitale, où il fait sensation. Les Parisiens, qui découvrent le chant dans la bouche de ces méridionaux, le baptisent tout naturellement « le chant des Marseillais », puis La Marseillaise. Le nom reste. Le chant accompagne la journée décisive du 10 août 1792, la chute de la monarchie, puis les soldats de l'An II sur tous les fronts : à Valmy, on crie et l'on chante pour se donner du courage, et La Marseillaise devient l'hymne officieux des armées de la Révolution. Le 14 juillet 1795, la Convention nationale franchit le pas et déclare La Marseillaise chant national. Le hasard du calendrier fait bien les choses : c'est donc un 14 juillet que le chant de Rouget de Lisle est officiellement devenu celui de la France — cent quatre-vingt-un ans avant que la date ne devienne celle de la fête nationale que nous connaissons.

Bannie, tolérée, ressuscitée : un hymne au gré des régimes

Le parcours aurait pu s'arrêter là. Mais l'hymne révolutionnaire dérange les pouvoirs qui suivent. Napoléon Ier l'écarte des cérémonies officielles — trop subversive, trop associée à la République — et la Restauration l'interdit purement et simplement. La Marseillaise devient alors ce qu'elle restera longtemps : un chant de révolte, entonné sur les barricades de 1830, lors de la révolution de Juillet, qui lui rend brièvement sa place. C'est d'ailleurs en 1830 qu'Hector Berlioz en signe une orchestration flamboyante pour double chœur et grand orchestre, dédiée « à tout ce qui a un cœur, une voix, et du sang dans les veines ». Rouget de Lisle, vieilli et ruiné — il mourra dans la pauvreté à Choisy-le-Roi en 1836 —, lui écrit une lettre de remerciement restée dans les annales. Il faut attendre la IIIe République pour la consécration définitive : le 14 février 1879, La Marseillaise redevient officiellement l'hymne national de la France. Une « version officielle » est adoptée en 1887 par une commission de musiciens, et le texte s'installe dans les écoles de la République, où des générations d'élèves l'apprennent par cœur. La consécration symbolique ultime arrive en pleine Première Guerre mondiale : le 14 juillet 1915, les cendres de Rouget de Lisle sont transférées aux Invalides, aux côtés des gloires militaires de la nation. Depuis, le statut de l'hymne est gravé dans le marbre constitutionnel : les constitutions de 1946 puis de 1958 mentionnent expressément La Marseillaise à leur article 2, entre le drapeau tricolore et la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ».

De Berlioz à Gainsbourg : la vie culturelle d'un hymne

Peu d'hymnes ont eu une telle carrière musicale. Tchaïkovski la cite dans son Ouverture 1812 pour figurer l'armée française. Les Beatles ouvrent All You Need Is Love (1967) sur ses premières mesures. Django Reinhardt et Stéphane Grappelli en tirent un standard de swing, Échos de France, dès 1946. Mais la reprise la plus retentissante reste celle de Serge Gainsbourg : en 1979, son album Aux armes et cætera, enregistré à Kingston avec les musiciens de Bob Marley, transforme l'hymne en reggae. Le scandale est immense — anciens combattants outrés, concerts perturbés, polémiques dans la presse. Gainsbourg répond à sa manière : en 1981, il achète aux enchères un manuscrit original de La Marseillaise de la main de Rouget de Lisle, et fait remarquer, non sans malice, que le refrain y porte bien « aux armes et cætera » — l'abréviation qu'utilisait l'auteur lui-même. Entre-temps, Mireille Mathieu en avait donné dans les années 1980 l'une des interprétations grand public les plus diffusées, et l'hymne n'a cessé depuis d'être réarrangé — des stades de football aux cérémonies olympiques. Ses paroles guerrières, elles, font régulièrement débat : depuis deux siècles, des voix proposent d'en adoucir certains vers, tandis que d'autres défendent le texte comme un document historique indissociable de sa mélodie. Le débat, récurrent, n'a jamais abouti : les paroles de 1792 sont toujours celles que la France chante.

FAQ — La Marseillaise

Qui a composé La Marseillaise et quand ?

Claude Joseph Rouget de Lisle, capitaine du génie en garnison à Strasbourg, dans la nuit du 25 au 26 avril 1792, sous le titre « Chant de guerre pour l'armée du Rhin ». Le chant fut composé chez le maire de Strasbourg, Philippe-Frédéric de Dietrich, quelques jours après la déclaration de guerre à l'Autriche.

Pourquoi s'appelle-t-elle La Marseillaise si elle a été écrite à Strasbourg ?

Parce que ce sont les volontaires fédérés de Marseille qui l'ont popularisée en la chantant sur leur route vers Paris à l'été 1792. Les Parisiens l'ont surnommée « le chant des Marseillais », et le nom est resté.

Depuis quand est-elle l'hymne national ?

Elle a été déclarée chant national par la Convention le 14 juillet 1795, puis écartée sous l'Empire et la Restauration. La IIIe République l'a rétablie définitivement comme hymne national le 14 février 1879, statut confirmé par les constitutions de 1946 et 1958.

Rouget de Lisle est-il enterré au Panthéon ?

Non : ses cendres ont été transférées aux Invalides le 14 juillet 1915, en pleine Première Guerre mondiale. Leur transfert au Panthéon a été plusieurs fois proposé au fil des décennies, sans jamais être mené à terme à ce jour.

Pourquoi la version de Gainsbourg a-t-elle fait scandale ?

En 1979, Serge Gainsbourg a enregistré à la Jamaïque une version reggae de l'hymne, « Aux armes et cætera », jugée irrévérencieuse par une partie de l'opinion et par des associations d'anciens combattants. Gainsbourg a acheté en 1981 un manuscrit original de Rouget de Lisle, où le refrain figure précisément sous la forme abrégée « aux armes et cætera ».

Ressources et sources

C&M · 14/07/2026 — fin de l'article — #HISTOI