Le sitar, comment ça marche ?
Le sitar se compose d'une grande caisse de résonance en calebasse (la tumba), prolongée d'un long manche creux portant une vingtaine de frettes courbes en laiton. Particularité essentielle : ces frettes sont mobiles. Simplement ligaturées au manche, elles se déplacent pour s'adapter aux intervalles du raga joué. Selon les modèles, l'instrument porte au total entre 18 et 21 cordes : six ou sept cordes de jeu, que l'on pince avec le mizrab (un plectre en fil de fer porté à l'index droit), et une dizaine de cordes sympathiques, dites taraf, qui courent sous les frettes et vibrent par résonance sans jamais être jouées directement. Ce sont elles qui créent le halo sonore si caractéristique. Autre signature du sitar : son large chevalet plat, le jawari, taillé dans l'os ou la corne. Sa courbure, ajustée au dixième de millimètre, produit le grésillement contrôlé qui colore chaque note. Côté technique, le geste emblématique est le meend : on tire latéralement la corde sur la frette pour faire glisser la hauteur sur plusieurs tons, à la manière d'une voix. Le sitar se joue assis au sol, la calebasse posée sur le pied gauche, le plus souvent accompagné des tablas et du bourdon de la tanpura, dans le cadre des ragas (cadres mélodiques) et des talas (cycles rythmiques) de la tradition hindustanie.Style « Ravi Shankar » ou style « Vilayat Khan » : les deux grandes familles
Au moment de l'achat, vous rencontrerez deux grandes familles d'instruments. Les sitars associés à l'école de Ravi Shankar, dits kharaj-pancham, disposent de cordes graves supplémentaires et arborent souvent une seconde petite calebasse en haut du manche : leur registre est plus étendu vers le grave, avec un rendu ample, presque orchestral. Les sitars de l'école Imdadkhani, illustrée par Vilayat Khan, dits gandhar-pancham, renoncent aux cordes graves et comptent en général un peu moins de cordes sympathiques : le jeu y imite volontiers le chant (le gayaki ang), et ces instruments sont souvent cités comme plus faciles à prendre en main pour un débutant. Faut-il trancher avant de commencer ? Pas nécessairement. Les deux configurations conviennent à l'apprentissage, et dans les faits, c'est souvent le professeur qui oriente le choix vers la configuration qu'il pratique lui-même.Quel budget prévoir pour un premier sitar ?
Les prix qui suivent sont des ordres de grandeur indicatifs, les tarifs variant fortement selon l'importateur et le taux de change. Première règle, la plus importante : fuyez les sitars à moins de 300 € vendus sur les sites généralistes ou rapportés comme souvenirs. Ce sont presque toujours des objets décoratifs — frettes mal positionnées, jawari non travaillé, chevilles qui ne tiennent pas l'accord — tout simplement injouables, qui découragent avant la première leçon. Pour un instrument d'étude correct, comptez environ 500 à 900 €. Les instruments issus des ateliers indiens réputés — on cite souvent Rikhi Ram à Delhi ou Hemen à Calcutta — se négocient généralement à partir de 1 200 à 1 500 € une fois importés, et bien davantage pour les modèles de concert. L'occasion est une piste sérieuse, à condition de faire inspecter l'instrument par un connaisseur : état de la table, des frettes, du jawari et des chevilles. Prévoyez enfin l'indispensable étui rigide (souvent en fibre), un jeu de cordes de rechange et quelques mizrabs, ainsi qu'une attention constante à l'hygrométrie : calebasse et table en bois supportent mal l'air sec des appartements chauffés.Où apprendre le sitar en France ?
La filière française s'est étoffée. Depuis 2022, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP) compte une classe de musique de l'Inde et d'improvisation modale confiée au sitariste Nicolas Delaigue, qui enseigne également en cours particuliers et collectifs. À Paris, plusieurs musiciens formés dans la tradition proposent des cours de sitar, de tabla ou de chant — on en trouve notamment via les petites annonces de la Philharmonie de Paris — et le sitariste Michel Guay dispense cours et stages, y compris à distance. En région, des stages d'été de sitar et de musique indienne sont régulièrement organisés, comme ceux relayés par le réseau CMTRA autour de Lyon. L'enseignement suit la tradition orale indienne : pas besoin de solfège, on apprend par imitation, mémorisation et immersion dans les ragas. Même si des ressources en ligne existent, les premières séances avec un professeur sont vivement conseillées : posture assise, pose du mizrab, accordage et premiers exercices se transmettent difficilement par vidéo.Écouter avant d'acheter : deux références
Rien ne remplace l'écoute pour se familiariser avec l'instrument. Ci-dessous, Anoushka Shankar interprète des ragas de son père Ravi Shankar ; plus bas, le Concerto pour sitar n° 2 « Raga-Mala » de Ravi Shankar, enregistré avec Zubin Mehta et le London Philharmonic Orchestra, illustre la rencontre du sitar et de l'orchestre symphonique.Entretien et premiers réglages
Le sitar demande un entretien régulier mais simple. L'accordage, impressionnant au début avec ses nombreuses cordes, devient routinier : on accorde d'abord les cordes de jeu, puis les sympathiques sur les notes du raga travaillé. Les cordes, en acier et en bronze, se changent par jeux complets quelques fois par an selon la pratique. Le point le plus délicat est le jawari : sa surface s'use et doit être reprofilée périodiquement par un luthier spécialisé pour conserver le timbre. Entre deux séances, gardez l'instrument dans son étui, loin des radiateurs et des fenêtres ensoleillées.À lire aussi sur Cœur en Musiques :
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FAQ : vos questions sur le sitar
Combien de cordes possède un sitar ?
Entre 18 et 21 au total selon les modèles : six ou sept cordes de jeu, pincées avec le mizrab, et onze à treize cordes sympathiques (taraf) qui vibrent par résonance sous les frettes. Ce double étage de cordes explique la résonance prolongée si particulière de l'instrument.Le sitar est-il difficile à apprendre ?
Les premiers sons viennent assez vite, mais l'instrument exige un vrai temps d'adaptation : position assise au sol, mizrab à l'index, cordes tirées latéralement pour les meend, accordage minutieux. Comme pour tout instrument de tradition orale, la progression dépend surtout de la régularité et de l'accompagnement d'un professeur.Existe-t-il des sitars pour gauchers ?
Ils sont très rares et se font généralement sur commande. Beaucoup d'enseignants recommandent aux gauchers d'apprendre en position standard, comme c'est l'usage courant en Inde, ce qui simplifie aussi l'achat et la revente de l'instrument.Quel est le lien entre le sitar et les Beatles ?
En 1965, George Harrison introduit le sitar dans « Norwegian Wood (This Bird Has Flown) », avant de devenir l'élève de Ravi Shankar. Cette rencontre a déclenché une vague d'engouement pour l'instrument dans le rock des années 1960, des Rolling Stones de « Paint It Black » aux nombreux disques psychédéliques de la décennie.Sitar, surbahar, tanpura : quelles différences ?
Le surbahar est un cousin grave du sitar, plus grand, au son plus profond, souvent utilisé pour les développements lents des ragas. La tanpura, elle, ne joue pas de mélodie : ses quatre à six cordes à vide fournissent le bourdon continu sur lequel s'appuient le soliste et le chanteur.Sources et ressources :
- Nicolas Delaigue — sitar, surbahar et musique de l'Inde (CNSMDP)
- Michel Guay — cours de sitar et de musique indienne
- Philharmonie de Paris — annonces de cours de musique indienne
- CMTRA — stages de sitar et de musique indienne
C&M · 01/08/2026
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